Platon et Diodore : à la recherche de la ville d'Atlantide

La recherche de l'Atlantide a impliqué des générations de chercheurs ou de simples passionnés. Platon situe le continent perdu "au-delà des colonnes d'Hercule", c'est-à-dire du Détroit de Gibraltar. De nombreuses théories se sont succédé aux cours des siècles, théories qui en tentant de percer le récit platonique, ont également tenté de positionner l'île de l'Atlantide dans les points les plus disparates de la planète. En réalité, en lisant attentivement le Critias et le Timée, il n'y aurait pas de doute sur le fait que l'Atlantide de Platon doive se positionner face aux côtes atlantiques d'Europe et d'Afrique.

Dans ce contexte, on ne peut que remettre en mémoire ce que le grec Diodore de Sicile (qui vécut au premier siècle a.C.) racontait concernant les mythes et les légendes du peuple des Atlantes, population qui s'était établie probablement dans les environs de la côte Atlantique de l'Afrique nord-occidentale non loin des monts de l'Atlas. Diodore commence son récit en introduisant l'histoire des Amazones qui, grâce à la brillante direction de la Reine Mirina, échafaudèrent une fulgurante guerre de conquête en utilisant comme rampe de lancement, leur terre d'origine, l'île d'Hespera située sur le lac Tritonis, non loin de l'Océan et des terres des Atlantes. Elle soumit les villes de l'île et récolta une énorme armée, elles auraient ensuite immédiatement déclaré la guerre aux Atlantes qui étaient [...] les hommes les plus civilisés parmi les habitants de ces lieux, qui occupaient une terre fertile et de grandes villes ; et on raconte que c'est auprès d'eux que sont nés les dieux des côtés de l'Océan [...].

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Diodore dans son oeuvre "Bibliothèque historique ne relie pas explicitement les Atlantes avec les habitants de l'Atlantide car il ne fait jamais mention de l'île platonique. Malgré cela il est facilement déductible le fait que Platon et Diodore, bien que parlant de mythes différents, provenant de réalités différentes, étaient en train de parler de la même civilisation à deux moments différents de leur histoire.

Nous pouvons déjà remarquer le fait que ces hommes étaient considérés comme appartenant à la civilisation la plus évoluée de la région. Diodore, lui-même, dans la suite de son oeuvre, expose un bref résumé de la mythologie du peuple des Atlantes. Le passage suivant est assez évocateur : [...] ils racontent que leur premier roi était Uranus, qui recueillit les hommes qui vivaient éparpillés, dans les murs d'une cité et il mit fin à l'illégalité de ses sujets et à leur cruauté, en inventant l'utilisation et la conservation des fruits cultivés et bien d'autres choses des plus utiles, et il aurait aussi conquis la plus grande partie des terres, en particulier les lieux occidentaux et septentrionaux. Il aurait été un observateur attentif des astres, et il aurait prédit nombre de choses qui adviendraient dans le cosmos [...].

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Le parallèle avec le mythe de l'Atlantide est à dire vrai impressionnant. "L'enceinte d'une ville" ne rappelle-t-elle pas à notre mémoire les célèbres murs de l'île de l'Atlantide ? La présence d'un souverain civilisateur est le leitmotiv de la majeure partie de la mythologie des origines des plus grandes civilisations antiques et à propos desquels, par ailleurs, de nombreux auteurs ont écrit ces dernières décennies dans des livres dédiés aux mystères de l'archéologie et de l'histoire de l'humanité. Le héros est divinisé par la population pour avoir amené l'humanité d'une condition d'extrême précarité vers une situation de plus grand bien-être matériel et spirituel. Selon l'interprétation évhémèrique du mythe, qui voit certains mythes comme le souvenir "codé" d'évènements historiques qui ont réellement eu lieu, nous pourrions nous trouver face au souvenir romancé de génération en génération, transcrit ensuite par le grec Diodore, de l'histoire de la destruction d'Atlantide et de la crise de ces atlantes qui, en tant que colons, résidaient dans les régions de la Libye jusqu'à l'Égypte et de l'Europe jusqu'à la mer Tyrénéenne, qui fut un temps était dominée directement par l'Empire atlante. Le peuple des Amazones, décrit par Diodore comme fondamentalement barbare et pourvus de coutumes arriérées, une fois la puissance Atlante partie, pris à un moment donné le dessus sur les Atlantes qui, en plus de la destruction de la nation mère, auront certainement subi les effets géotectoniques dûs à l'engloutissement de l'île.

Les Amazones, qui pourraient simplement avoir été une population de caractère matriarcal, avancèrent sans arrêt de manière désastreuses : [...] "arrivée dans les territoire des Atlantes, elles auraient vaincu les habitants de Cerne durant une bataille, et elles auraient fondu sur les fugitifs dans les murs de la ville pour s'en emparer ; et en voulant terrorisée les peuples voisins elles auraient traité cruellement les prisonniers : les hommes, à partir de l'adolescence, auraient été exterminés, les enfants et les femmes seraient en revanche devenus des esclaves, rasant totalement la ville".

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Pour les Atlantes il n'y eut rien à faire. Diodore continue en nous racontant que "[...] la nouvelle de la disgrâce des Cernéens se serait répandue entre les peuples consanguins : et on raconte que les Atlantes, effrayés, livrèrent de suite leur ville à un accord, se déclarant disposés à faire tout ce qui leur serait ordonné ; et que la reine Mirina les traita avec douceur, concluant un pacte d'amitié et fondant, à la place de celle qui avait été rasée, une autre ville à son nom ; et dans cette dernière elle aurait établi les prisonniers et ceux qui le désiraient parmi les habitants alentour. [...]"

Dans ce contexte il ne reste aux Atlantes qu'à prendre acte de leur propre infériorité numérique et du fait que ceux qui tenaient le couteau par le manche étaient ceux qu'ils dominaient fut un temps. Le patron devint l'esclave et l'esclave le patron...

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Les aventures des Amazones continuent. Il est assez intéressant de lire que [...] On dit de Mirina qu'en envahit la plus grande partie de la Libye, et qu'arrivée en Égypte elle conclut un pacte d'amitié avec Horus fils d'Isis, qui était alors roi de l'Égypte [...]. Ici Diodore nous parle d'Horus, qui fut roi de l'Égypte au temps des dynasties divines qui auraient dirigé l'Égypte de nombreux millénaires avant le commencement officiel de l'histoire. Le règne d'Horus, fils d'Osiris et d'Isis, selon ce que Diodore lui-même affirme dans son oeuvre et selon ce qui est inférable d'autres sources comme les fragments de l'oeuvre historique de Manéthon, est situable aux alentours de l'époque de la destruction de l'Atlantide, c'est-à-dire du Xe - XIe millénaire a.C. Ce qui nous permet de dater le mythe raconté par Diodore et de vérifier ultérieurement la synergie existante avec le récit de Platon.

Nous pourrions nous poser la question de savoir quelle fin ont eu les Atlantes. Diodore n'est pas très clair et ne va pas au-delà du "mythe". Quelle histoire ont eu les Atlantes de l'époque des Amazones jusqu'aux temps historiques ? Une aide à la compréhension de ce mystère nous est probablement fournie par le compte rendu de voyage de Hannon de Carthage.

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Hannon (VIe-Ve siècle a.C.), un des plus grands navigateurs carthaginois, accomplit un périple autour des côtes de l'Afrique nord-occidentale afin de fonder des colonies libyco-phéniciennes. Parti de Carthage avec 60 navires et 30.000 hommes, Hannon fonda la première colonie de Thymiaterius, puis il édifia un temple à Poséïdon et enfin il établit de nouvelles colonies du nom de Murus, Caricus, Gytta, Acra, Melitta et Arambe.

Entre temps Hannon, après être arrivé au fleuve Lixus, rencontra une population locale qui avait pour nom Lyxites. C'étaient des pasteurs nomades et les Carthaginois restèrent auprès d'eux jusqu'à ce qu'ils parvinrent à apprendre leur langue. Repartis, ils rejoignirent une île et c'est là qu'ils fondèrent la dernière colonie du nom de Cerne. Par après le voyage continua (peut-être jusqu'au Gabon) jusqu'à ce que l'expédition ne fut contrainte de revenir en arrière par manque de vivres. Thymiateris est identifiable avec l'actuelle Mahdiyya à l'embouchure du Sebou. Murus, Caricus, Gytta, Acra, Melitta et Arambe devraient se trouver entre Mogador et Agadir.

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Le fleuve Lixus devrait correspondre à l'oued Sous ou à l'oued Dra. L'île de Cerne devrait être située où devant le Sahara espagnol ou devrait correspondra à l'actuelle Arguin en Mauritanie. Ce qui nous intéresse, est le fait que les Cartaginois nommèrent Cerne cette île, avec le même nom que la cité des Atlantes. Peut-être qu'une installation avait survécu ? De plus il aurait été plus facile de fonder une colonie dans un lieu où se trouvait déjà un centre habité plutôt que sur une localité dans laquelle il n'y avait jamais eu de présence humaine. Le mot Cerne vient du punique et signifie "limite extrême" (Herne). Bien sûr le nom n'est pas Atlante, mais il est plus tardif. Peut-être que Cerne resta une localité importante pendant des millénaires et effectivement à l'époque historique ce fut un centre de commerce de l'or et de l'ivoire. Nous pourrions en outre nous demander : comment cela se fait-il que les Carthaginois aient choisi les Lyxites ? C'était peut-être le peuple le plus civiliser de la région ? Probablement. Et peut-être que les Lyxites étaient justement les descendants des Atlantes qui guidèrent les Carthaginois à l'île de Cerne, sur laquelle ils savaient pouvoir trouver des restes d'installation. Peut-être que les colonies Carthaginoises ont été construites sur de précédentes installations, remontant à l'époque Atlantes. En ce sens retrouver le site des colonies carthaginoises pourrait vouloir dire retrouver, dans les strates plus profondes, les restes des villes Atlantes. Le géographe Strabone, bien qu'il n'y croyait pas, nous raconte que sur la côte nord-africaine, après le dit "golfe des marchés", il y aurait eu pas moins de 300 villes phéniciennes fondées de la ville de Thyrus et détruites pars les Pharisiens et les Nigrites. Ces 300 villes, si elles ont été réellement édifiées et peuplées, étaient peut-être placées sur d'anciennes installations des Atlantes ? Sont-elles en relation avec le voyage de Hannon ? De nombreuses questions doivent être posées. Bien entendu seule une campagne de fouilles massive précédée d'une lecture soignée des sources pourrait dévoiler non seulement le mystère des villes phéniciennes jusqu'à présent jamais retrouvées, mais aussi de la civilisation des Atlantes. En ce sens, le pas entre ce que je viens d'exposer et l'Atlantide de Platon est vraiment très petit...

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