La haie de pierre

Stonehenge, littéralement "Haie de pierre" [1], se trouve dans le méridien de Grande Bretagne, sur la plaine de Salisbury, à l'ouest du village d'Amesbury.

Stonehenge se trouve à 130 km de Londres.

C'est là que se trouve également d'imposants mégalithes, pesant plusieurs tonnes, que nos ancêtres positionnèrent à cet endroit il y a des millénaires.

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Il faut préciser qu'à part Stonehenge, le plus grande complexe de toute l'Europe, il y a rien qu'en Grande Bretagne au moins 900 autres anciens cercles composés de pierres, bois ou terre, dont certains dans un rayon d'à peine 20 km de Stonehenge.

D'autres mégalithes se trouvent à Carnac, en Bretagne ou à Avebury en Angleterre.

Les premières traces de Stonehenge dans la littérature sont dues au clerc Henrick de Huntington en 1130 (dans son histoire de l'Angleterre il parle de ce monument préhistorique et il se demande comment les constructeurs ont fait pour transporter les pierres, et pourquoi justement à cet endroit), un autre texte de la même époque est l'oeuvre de Geoffrey of Monmouth cinq ans plus tard (il raconte comment les pierres ont été transportées de l'Afrique à l'Irlande par une tribu de géant et qu'ensuite elles ont "volé" sur la mer jusqu'à Stonehenge grâce à la magie de Merlin l'Enchanteur).

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Que cette zone avait une importance particulière, on le savait depuis toujours. Initialement on pensait que c'était un lieu de culte, surtout parce que les Druides [2], prêtre des lieux, se réunissaient à Stonehenge pour leurs cérémonies.

Le chercheur William Stukeley, au XVIIIe siècle, avait dans l'idée que c'était les Druides eux-mêmes qui avaient construit l'imposant complexe pour y pratiquer le culte du serpent [3].

Il n'était pas du tout idiot de penser que Stonehenge puisse être utilisé afin de déterminer les temps de semailles et de récolte du grain, tant est si bien que la théorie selon laquelle il s'agissait d'un immense calendrier qui permettait aux anciens de tenir une trace du temps écoulé, pris enfin corps dans les esprits.

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En effet, vers la fin des années 1800, certains archéologues s'aperçurent que ces pierres avaient été dressées dans une zone où on pratiquait le culte du Soleil.

L'ordinateur du Néolithique

En 1906, l'astronome et scientifique Norman Lockyer [4] édita un volume dans lequel il soutenait, courageusement pour l'époque, que Stonehenge et d'autres mégalithes présent en Angleterre et dans d'autres parties du monde, étaient orientés en direction du Soleil et de certaines étoiles.

Ce dernier, dans les recherches commencées 5 ans auparavant, avait déduit que, en considérant l'écart de 52 minutes qui s'écoulait entre la position de la pierre nommée "Heel Stone" et celle du soleil, le lever de ce dernier le 21 juin 1840 a.C. allait coïncider parfaitement avec la pierre elle-même.

Les observations et les affirmations de Lockyer trouvèrent rapidement confirmation dans les fouilles archéologiques et, en particulier, de la datation au carbone 14 d'un petit morceau de charbon de bois : 1850 - 1700 a.C.

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L'intuition de Lockyer était exacte et fut ensuite confirmée par d'autres scientifiques ; comme par exemple Fred Hole qui, poussant le raisonnement plus loin, affirma qu'il s'agissait d'un observatoire astronomique, en bref un ordinateur de pierre grâce auquel on pouvait observer le mouvement des astres et peut-être même des éclipses.

Il était, en effet, possible de calculer le temps en observant les changements du ciel grâce à un indicateur : le sommet d'une montagne, l'esplanade d'une vallée ou des pierres, mise par paires ou à place dans différentes positions selon le déroulement des évènements célestes. Certains de ces éléments sont par ailleurs aussi présent à Stonehenge.

Un célèbre astronome américain, le docteur Gerald S. Hawkins de l'Université de Boston, en 1965 fit un travail soigné de relevé des alignements du site par rapport à la carte du ciel à différentes époques.

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Après avoir inséré toutes les données dans un calculateur, il détermina que Stonehenge, en 1500 a.C., était parfaitement aligné avec le Soleil et la Lune.

Les 56 trous d'Aubrey, selon lui, pouvaient contenir des pieux déplacés par la suite de plus en plus vers le centre, ce qui permettait de prévoir les éclipses de Lune sur une période d'environ 300 ans. De plus les 56 trous correspondent aussi aux nombres d'années de chaque cycle lunaire, déterminé par les positions extrêmes de notre satellite.

La date indiquée par le scientifique ne convainc complètement tout le monde, notamment parce que les pieux ont été placés bien avant, ainsi que les pierres, qui ont été bougées plus d'une fois : depuis Stonehenge, tels qu'il est maintenant, on ne pouvait prévoir qu'une éclipse par an.

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Bref, celui d'Hawkins était un observatoire astronomique (qu'il définit comme "ordinateur du néolithique") qui fonctionnait parfois et puis plus du tout, délaissant par ailleurs le mouvement des planètes et des autres étoiles.

Au-delà des critiques, tout compte fait légitimes, nous nous rappellerons de l'archéologue Richard Atkinson [5] la personnalité de tête parmi les détracteurs de Hawkins.

La contrariété était due, en particulier, à l'approche nouvelles et différente bien que pareille en ce qui concerne ce genre de recherches, qui avec le temps sont devenues la science que l'on appelle communément archéo-astronomie. On pouvait s'accorder sur l'ancienneté du site archéologique mais on ne pouvait admettre réellement que les anciens habitants de Grande-Bretagne, agriculteurs et éleveurs qu'ils étaient, avait créé une instrumentation aussi recherchée pour cette époque [6], sans en avoir eu de plus une réelle nécessité, ou un retour immédiat.

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Nos ancêtres au fond ne pouvaient même pas avoir la connaissance pour projeter et construire quelque chose de ce genre.

Aujourd'hui nous savons que le nombre de pierres et de trous fait référence au cycle astronomique de la Lune, avec ses phases.

La direction des alignements entre les pierres est presque identique et il y a de nombreux points qui correspondent à d'autres points de la voûte céleste, comme par exemple, le lever et le coucher du soleil.

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Le jour du Solstice d'été, il est possible de voir l'astre se lever pratiquement au-dessus de la pierre nommée "Heel Stone", une mégalithe de 35 tonnes qui sort du sol sur une hauteur de 4 mètres et demi.

Il est clair qu'en ces lieux, comme je vous l'ai déjà dit, se déroulaient d'importante cérémonie à caractère religieux, considérant la disposition de la dite "avenue cérémonielle" qui descend de la colline sur 3 km de dénivelé, décrit un arc tout autour et rejoint le coeur du site archéologique.

Ici, à l'intérieur de la zone délimitée par le fossé et la digue, il n'y a que les prêtres qui devaient avoir accès, prêtre qui, dans les limites du possible étaient hors de vue des fidèles cachés par les terre-pleins et les mégalithes qui se trouvaient dans leur dos.

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Durant le jour du solstice d'été, on pouvait admirer le lever du Soleil sur l'avenue cérémonielle.

Analysons à présent le site dans son ensemble, décrivant ces éléments que nous pouvons considérer comme essentiels.

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En partant de l'avenue cérémonielle, nous avancerons vers le centre du complexe, où nous rencontrerons, au-delà des fossés et des terres-pleins, les 56 trous d'Aubrey, les pierres mégalithiques positionnées de façon à former deux cercles et deux fers à cheval, et enfin un autel cérémoniel.

Pierre sur pierre

Aujourd'hui le complexe mégalithique apparaît complètement en ruine mais fut un temps, comme nous le montre les reconstitutions effectuées par ordinateur, il se dressait dans toute sa splendeur. L'avenue cérémonielle, descend sur 530 mètres, partant d'une zone de colline, et rejoint la zone de plaine de Stonehenge, elle arrive donc au complexe monumentale même.

En pratique il y a deux terre-pleins parallèles (flanqués par des fossés) qui donne à l'avenue une largeur d'environ 12 m.

La construction que nous voyons a une forme circulaire pour une circonférence de 115 mètres de diamètre.

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Ici, nous retrouvons, située au milieu de l'avenue d'entrée, la pierre en sarsen [7] nommée "Heel stone" [8], présente donc le long de l'axe de la construction.

De cette pierre nous nous déplaçons à l'intérieur du site avec autour un terre-plein circulaire, en fait un fossé et un bord plus intérieur. À peine entrés nous remarquons une pierre semblable à Heel Stone, abandonnée par terre, tachée de rouge car la pluie en a dissout le fer : elle a été nommée "Slaughter Stone" (Pierre du Massacre ou du Sacrifice).


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Le long de la partie intérieure du terre-plein circulaire nous retrouvons les 56 trous équidistants et de forme circulaire dits trous d'Aubrey [9], aujourd'hui recouverts avec des disques de ciments pour les rendre plus visibles. Ensemble ils forment un cercle de 90 m de diamètre, dont l'intérieur, au bord du terre-plein, se place un rectangle délimité aux quatre angles par des petites pierres, polies, en position érigée, les Stations Stones, c'est-à-dire Pierre de Référence : aujourd'hui seul deux d'entre elles sont encore debout.

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Une série d'autres trous, de forme irrégulière, est creusée dans le terrain entre les trous d'Aubrey et le premier cercle de mégalithe ; au jour d'aujourd'hui, bien qu'à peine perceptible, ils sont toujours nommés avec les lettres Y et Z : ils forment deux cercles de 30 et 29 trous.

La partie centrale du complexe présente les pierres mégalithique, toutes rigoureusement travaillée à la main, qui sont de deux types : sarsen et bluestone (pierre bleue).

Celle en sarsen, soigneusement travaillées, de plus grandes dimensions par rapport aux autres, proviennent de la carrière de Marlborough Downs, à 30 km de Stonehenge, où il est possible de trouver des pierres semblables [10].

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On pense qu'elles ont été transportées grâce à des traîneaux tirés par des boeufs, franchissant aussi un cours d'eau qui est situé à environ 3 km de Stonehenge, l'Avon.

Les autres, en revanche, caractérisée par une couleur gris/bleu, sont composées de sulfate de cuivre et proviennent de la localité de Preseli Hills, pour bien comprendre des montagnes de Galles sud occidentale ; c'est-à-dire à environ 400 km de Stonehenge, dont 208 à vol d'oiseau !

Les mégalithes, qui dans la partie extérieure sont disposés sur deux cercles, dans la partie centrale forment en revanche deux fers à cheval.

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Le premier cercle, 31 m de diamètre, est composé de 17 [11] pierres hautes et droites, dont certaines sont surmontées d'autres pierres posées à l'horizontale, de façon à former un architrave.

Les blocs sont soigneusement modelés et ceux horizontaux, en plus d'être polis, sont unis entre eux par des joints de bois en inter-verrouillage et bloqués en queue d'aronde.

Toutes les pierres ont un poids estimé de 25 tonnes environ, sauf une, qui en pèse carrément 45.

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Le cercle le plus interne, à l'origine, comptait 60 pierres en bluestone, dont bons nombres sont aujourd'hui tombées ou détruites.

Il en reste à l'heure actuelle 29.

Enfin, il y a ce qu'il reste des pierres qui formaient les deux fers à cheval auparavant : le premier était composé de 5 "dolmens" ou trilithes ("trois pierres", deux verticales qui soutiennent la troisième posée à l'horizontale).

Cette composition de pierre procure d'incroyable effets d'optique.

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Ici nous trouvons, parmi les autres, la plus grande pierre du site, d'une longueur de 9 m, affleurant le terrain pour 7 m environ.

Chacun de ces blocs pèsent environ 50 tonnes !

La deuxième formation en fer à cheval, d'une largeur de 11 m, occupait le centre et était composée de 19 pierres en bluestone.

Les deux formations en fer à cheval ont l'axe ouvert qui regarde vers le nord-est, en direction de l'avenue cérémonielle et de l'aube du soleil d'été.

Une autre mégalithe est nommée "pierre autel", haute de presque 5 m, située parfaitement au centre du complexe : c'est le dernier élément de Stonehenge.

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Il apparaît qu'elle a été placée en 2000 a.C. Aujourd'hui nous la voyons étendue par terre, mais fut un temps elle devait être dressée.

On ne peut exclure qu'elle ait représenté, en tout et pour tout, l'objet de culte principal, étant donné la position particulière.

Changer d'idée en cours de route

Aujourd'hui, les archéologues pensent que la première trace d'oeuvre de l'homme à Stonehenge puisse remonter au VIIIe millénaire a.C. quand furent construits 4 puits mésolithique avec à l'intérieur des pieux de bois, à environ 200 m du site proprement dit.

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Le terre-plein et les trous d'Aubrey ont été construits par la suite (à partir de 3100 a.C.), un complexe de pieux à l'intérieur du terre-plein et à l'entrée ont été érigés encore après (de 2550 a.C. et plus) ; et enfin on commença à disposer les mégalithes à partir de 2100 a.C. et au-delà.

On pense, de toute manière, que les premières pierres, de dimensions réduites, ont été placées aux alentours de 2800 a.C.

Il faut prendre en considération que, de toute façon, sur ce site tout fut reconstruit plusieurs fois et ce que nous pouvons observer aujourd'hui est la configuration que ses constructeurs décidèrent en 1560 a.C. peu de temps avant d'abandonner définitivement le lieu.

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Les anciens, a ce qu'il semblerait, avait l'intention d'utiliser seulement les pierres bluestone pour réaliser ce qui pourrait être défini comme un temple.

Puis pour des raisons qui restent inconnues, ils décidèrent d'abattre ce qui avait été construit et ils placèrent les pierres sarsen.

Etrangement, par la suite ils revinrent au projet d'origine, réalisant le deuxième cercle avec les pierres bleues, tout comme le second fer à cheval, celui qui renferme l'autel.

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Tout cela en 1800 a.C.

Voilà donc, qu'en l'espace d'un millénaire, le site fut construit, détruit, puis encore reconstruit, chaque fois en utilisant du matériel différent. Il apparaît évident que le lieu, avant d'être complètement abandonné, intéressait de nombreuses personnes, et que par conséquent chacun réalisa quelque chose de différent, sans pour autant trop s'éloigner du projet originel, qui semble se perdre dans la nuit des temps.

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Notes

[1] Le nom vient de l'anglais ancien : "stan" (pierre) et "hencg" (charnière).

[2] Selon la tradition les Druides étaient une classe de prêtres et le druidisme était la religion des Celtes de la Gaules et de la Bretagne. Aujourd'hui on pense qu'il s'agissait d'une caste de médecins chamanes dépositaires d'anciens rites.

[3] Le symbolisme du serpent, en étroit rapport avec le phénomène des éclipses, se retrouve aussi dans d'autres anciennes cultures, la culture chinoise par exemple. On pensait qu'un énorme serpent avalait le soleil ou la lune. L'intervalle de temps necessaire pour que la Lune retrouve sa taille d'origine est défini "mois draconique" (de "draco", qui en latin signifie serpent) ; Ces points invisibles de la sphère céleste, c'est-à-dire les noeuds de l'orbite lunaire, étaient identifiés comme le serpent, pour symboliser les forces inconnues et mystérieuses de l'univers.

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[4] Éditeur pendant quelques temps de la prestigieuse revue scientifique "Nature", sur laquelle ses études furent publiées. C'est également à Lockey que l'on doit attribuer la découverte que le soleil contenait de l'Hélium.

[5] Atkinson, ainsi que d'autres archéologue ont le mérite, incontestable, d'avoir mis en évidence à Stonehenge, durant les fouilles de 1950 à 1958, cinq différentes phases de construction.

[6] Les observations astronomiques, pour obtenir des résultats satisfaisant, auraient en effet employé de nombreuses personnes à temps plein, durant plusieurs générations. Sans l'usage de l'écriture cela semble réellement un problème insurmontable.

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[7] Type de pierre grise appartenant à la famille du grès. Son nom vient de "Sarazen" qui signifie étranger.

[8] Ce nom a une origine incertaine et par conséquent est difficilement traduisible. Certains ont essayé disant que ce mot pouvait provenir du nom grec "helio" (Soleil), ou encore de la légende du talon du moine, heel signifiant justement talon.

[9] Ainsi appelés du nom du scientifique du XVIIe siècle, John Aubrey, qui les identifia en premier.

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[10] De cette carrière proviennent également les pierres de Avebury, un autre site archéologique important de la zone.

[11] A l'origine il y en avait 30 en tout.

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