Comment les Amériques ont-elles été civilisées ?

La colonisation humaine des Amériques a fait l'objet des théories les plus disparates ; aujourd'hui encore, par exemple, l'église mormone pense qu'elle est l'oeuvre des dix tribus disparues d'Israël et en fait un véritable dogme de leur religion, il y a ceux qui pensent que les indigènes américains sont les héritiers des anciens émigrants polynésiens, asiatiques, mélanésiens, australiens, pour ne pas parler des survivants de Mu, de Lémurie ou d'Atlantide... et j'en passe et des meilleures !

Comme beaucoup d'entre vous le savent la théorie la plus communément admise est celle des anciens pionniers des populations de l'Asie Nord-orientale qui durant des périodes de glaciations majeures auraient profité des ponts de glaces, des îles et des isthmes pour traverser le détroit du Bering, l'endroit le plus apte pour une telle entreprise. L'étude ethnographique toutefois, semble mettre en évidence une population majoritairement de type mongole à laquelle se serait ajoutée une petite mais assez conséquente minorité d'une population aux caractéristiques somatiques différentes. Aujourd'hui encore, enfin il serait plus juste de dire il y a encore quelques lustres il était possible de prouver cette variabilité génétique considérable et de montrer des exemples vivants emblématiques : c'est la cas des petits et trapus Ona et des gigantesque Yaghan, qui fut un temps se disputaient les inhospitalières îles de la Terre de Feu, ou alors on pourrait parler des grands et robustes Amaracaires et des petits mais extrêmement courageux Mashcos du bassin de la Madre de Dios, pour ne pas parler ensuite de l'incroyable variété de tribus centre et nord américaine.

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Dans cette optique plusieurs populations aux caractéristiques somatiques très variables pourraient avoir traversé non seulement le détroit de Bering mais aussi l'Océan Pacifique et Atlantique à différentes périodes historiques et à divers endroits du continent donnant origine à ces souches humaines bien différenciées... pour soutenir ces données "ethnologiques" on cite parfois les anciennes légendes comme celle de la mythique terre de Aztlan (dont prétendaient venir les aztèques) et des découvertes archéologiques comme les grandes têtes négroïde des Olmèques de La Venta ou des petits objets mexicains dotés de roues (probablement utilisés à des fins cultuelles). Malheureusement la tendance à l'exagération spéculative de certains auteurs et la stylisation extrême, typique des cultures amérindiennes ont finis par jeter le discrédit sur toutes les hypothèses qui partent sur des présupposés similaires. Et pourtant il existe des découverte qui à mon avis sont assez peu discutables, dont la datation et l'originalité sont universellement reconnus comme indiscutable !

Même le plus sceptique des archéologues ne met pas en doute l'originalité et la datation des "Huacos retratos" des anciens Moche. La culture Mochica ou Moche prend son nom de la langue parlée au temps des conquistadores dans la vallée qui en constitua le plus grand centre de diffusion ; elle naît aux alentours d'un siècle avant notre ère, le long de la vallée du fleuve homonyme et entre le IIIe et le IVe siècle p.C., elle étend son hégémonie sur une grande partie des vallées côtières du Pérou septentrional. La base du pouvoir aristocratique qui en guida le sort pendant des siècles, résidait dans le système d'irrigation complexe et évolué, qui permit l'exploitation des grande zones déseriques qui parvenaient à effleurer les quelques fleuves à caractère torrentiel typiques de la zones en question. Caractéristiques de cette culture et d'autres similaires et contemporaines furent les pyramides tronquées qui, comme celles des Aztèques, servirent de lieu de culte et de sites sacrificiels, en plus d'être des représentations emblématiques et surréelles d'une société fortement et rigidement hiérarchisée.

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Les sacrifices humains sont bien représentés dans les peintures, dans les céramiques et dans les évidences archéologiques des somptueuses tombes ; elles ne constituaient pas d'épisodes sporadiques et numériquement peu significatifs mais bien des pratiques diffusent capables de conduire à la mort des masses humaines de dimensions considérables qui étaient constituées principalement de prisonniers capturés durant les opérations militaires ciblées et menées selon des rituels rigides et bien codés. En plus d'être d'habiles ingénieurs et de cruels guerriers les Moche furent aussi d'excellents céramistes, dont les oeuvres sont capables de suscités aujourd'hui encore, merveille et admiration. Ils surent alterner des oeuvres aux caractéristiques extrêmement stylisées avec d'autres d'un réalisme et d'une plastique vraiment louables ; parmi les créations du second type se trouve justement les dits "vases portraits" ! De véritables oeuvres d'art qui représente avec abondance de détails et un grand sens artistique le visage de tous les personnages qui composaient leur société multicolore.

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Les Moches, comme presque tous les amérindiens, étaient presque complètement imberbe et leur culture disparu aux alentours de 800 p.C. par conséquent des créations comme celle d'un personnage doté de moustache et d'une barbe blanche très fournie (dans la typique position agenouillée) des dignitaires chinois éveillent une certaine confusion et un embarras auprès de nombreux chercheurs (photo ci-dessous). En effet depuis un certain temps déjà certains archéologues mirent en évidence une certaine ressemblance entre les céramiques de certaines anciennes cultures de l'Ecuador et de celles contemporaines de Chine et du Japon. Une ancienne voie commerciale entre le nouveau et le vieux monde donc ? En réalité les preuves objectives d'un tel échange humain et culturel sont encore à démontrer.

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Mais il est certain que le répertoire des Moche ne s'arrête pas là ; plus merveilleux semble encore le personnage de la photo ci-dessous : face obscure, narines amples et épatées, des yeux qui n'ont rien d'orientaux .... en tout et pour tout la tête et le visage d'un homme de couleur ! Le visage est bien sculpté et ciselé, impossible aucun doute : le reste du corps est en revanche très stylisé et se confond avec la forme ronde du récipient. On remarque toutefois (peintes à la main avec un vernis rouge) les bras qui soutiennent un instrument de musique ... il va de soi donc que les têtes Olmèques de La Venta pourrait ne pas être une simple coïncidence due à l'extrême stylisation des traits somatiques. Mais en poursuivant notre voyage dans les représentations plastiques hétérogènes des Moche nous verrons que les oeuvres capables de nous émerveiller sont assez nombreuses.

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Dans ce cas nous nous trouvons face à un personnage au nez aquilin, aux lèvres fines, au visage sec ; encore une fois un individu qui a semble-t-il peu de choses en commun avec l'indien d'Amérique de l'imaginaire collectif. Nous sommes en présence d'une visage aux traits caucasiens : l'expression sévère, dure, il s'agit certainement d'un homme qui, bien que d'un certain âge devait encore posséder une force physique et un prestige social.

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Au même stéréotype "racial" semble appartenir aussi l'individu de l'image ci-dessous ; visage dur, décharné, yeux mi-clos et un couvre chef semblable à un turban ou peut-être un manteau qui le recouvre complètement retombant sur les épaules (qui toutefois n'ont pas été représentées par l'artiste) : un étrange personnage ressemblant bien plus à un commerçant ou un dignitaire perse qu'à un indigène sud américain, ce sont des images étranges, "anormales" mais attention, il n'est absolument pas de mon intention d'insinuer l'existence de voyages et de contacts entre des peuples et des cultures aussi distantes les unes des autres aussi bien dans l'espace que dans le temps ; des similitudes comme celle du commerçant arabe ou du dignitaire perse veulent seulement mettre en évidence la différence somatique et non la provenance de ce personnage bien précis. Au début les archéologues étaient orientés à identifier ces visages comme des portraits de personnage de haut rang : dignitaire ou artiste qui fréquentaient la cour de tel ou tel souverain mais, avec le temps, l'hypothèse a été écartée et ces représentations ont fini par être reconduit non pas à des personnages réels mais bien à des stéréotypes sociaux enracinés dans la société Moche ; un exemple ?

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Très bien retournons deux images plus haut, selon cette hypothèse non ne devons pas la considérer comme le portrait d'une personne ayant réellement existé mais comme un musicien type de cette période. A partir de là je voudrais faire un pas en arrière dans le temps et prendre en considération ce que trouvèrent les espagnols au moment de la conquête : céramistes, orfèvres, guerriers, porteurs et musiciens ne constituaient pas seulement des groupes sociaux particuliers comme en Europe, mais ils coïncidaient avec des populations bien définies, assujetties et obligées de fournir des individus spécialisés dans les fonctions dans lesquelles ils excellaient : artisans, orfèvres, céramistes, médecins et porteurs. Des communautés entières auxquelles était reconnu un statut précis en échange de prestations bien définies et difficilement modifiables ; si ces considérations pouvaient être appliquées aux Moche également nous serions face à une réelle descriptions et représentations de tous les anciens peuples qui d'une manière ou d'une autre ont pris part à la création de la société antique.

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Nous avons commencé cette dissertation en parlant des têtes Olmèques de La venta, des tribus Fuegian et de celles d'Amazonie de la Madre de Dios ; je voudrais ajouter que des témoignages similaires peuvent être retrouvés à d'autres périodes historiques et culturelles ; c'est le cas de la "cabeza clava" (tête clou ou tête tenon) ci-dessous, provenant de l'ancien temple de Chavin de Huantar. Il s'agit de tête en pierre (souvent dotée d'attributs félins), qu'une sorte de prolongement sur la nuque rendait apte à être fixée sur les puissantes parois de l'ancien temple situé dans les Andes centrales du Pérou. Nous sommes vraiment à l'aube de la "civilisation" (au point que, pendant très longtemps cette culture fut considérée à tort comme la mère de toutes les civilisations sudaméricaines). Chavin se développa entre 1300 et 400 a.C. apparaissant presque du néant ; projetée presque par enchantements, dans un apogée inexplicable et imprévu, sur le plan technique, artistique et culturelle. Les détails du visage sont certes extrêmement stylisés et les archéologues ont tendance à identifier les volutes arrondies des cheveux par le symbolisme abstrait de la spirale ; le nez camus et les narines dilatées seraient en revanche la conséquence de l'absorption d'hallucinogènes spécifiques (desquels on a retrouvé de nombreuses traces dans les méandres du temple) mais pour nombre de ces considérations on ne peut exclure que l'artiste ait aussi voulu représenter des détails d'individus pourvus de cheveux crépus, d'yeux arrondis et de lèvres charnues pareils à ceux repris des siècles plus tard par les Moche.

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A ce qui vient d'être dit se rajoute du reste les nombreuses preuves des témoignages des chroniqueurs espagnols qui, d'une façon ou d'une autre, rencontrent des minorités ethniques anormales, mais bien définies ; presque tous insistent sur le fait qu'il y avait des petites communautés d'hommes "blancs" et "barbus" ... si vous avez l'occasion de visiter le musée de Americas à Madrid, je vous conseille de vous arrêter un instant sur la tête, aux traits bien peu andins, que les archéologues du célèbre musée (dans leur brève et succincte description) pensent qu'il s'agit du mythique Viracocha (divinité que les récits des chroniqueurs voudraient de race européenne, au point que ceux qui en virent les plus belles images, dans les temples qui lui étaient dédiés, finirent par donner naissance à la légende d'un apôtre, Saint Bartholomé, envoyé par Jésus pour prêcher aux Amériques).

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