L'alchimie

Un achimiste pourrait-il donné vie à un rêve ?

On pense communément que le terme alchimie dérive de l'arabe al-kimiya ou al-khimiya, qui est probablement composé de l'article al- et du mort grec khymeia qui signifie "fondre", "mettre ensemble", "souder", "allier", etc (de khumatos, "qui a été assembler, un lingot"). De la racine "chimia" dérive également la chimie, science moderne qui selon la plupart doit ses origines à cette ancienne discipline, avant la naissance de la méthode scientifique. Gershom Scholem cependant pense au contraire que le terme kimija, bien que faisant partie de la langue arabe, trouve sa première origine dans la kabbale hébreuse et que cela signifie : "ce qui vient de Dieu". Un autre éthymologie relie le terme avec Al Kemi, qui signifie "l'art égyptien", etant donné que les egyptiens antiques appelait leur terre Kemi et qu'ils étaient considérés comme des mages puissants dans tout le monde antique. Le vocable pourrait aussi derivé de Kim-iya, terme chinois signifiant "jus pour faire l'or".

Au-delà de sa signification littérale, nous nous trouvons face à un ancien système philosophique ésotérique, qui mélange des éléments de chimie, physique,astrologie,art, sémiotique, métallurgie, médecine, mysticisme et religion en un tout harmonieux... ou du moins se propose-t-il de le faire, fondant ensemble trois ambitieux objectifs : conquérir l'omniscience, créer la panacée universel (remède pour guérir toutes les maladies, prolongeant indéfiniment la vie) et enfin le plus célèbre de tous : transformer les métaux en or. Pour ce faire la très célèbre pierre philosophale était indispensable, cette substance pas réellement identifiée, pourrait aussi être une poudre ou un liquide, pas necessairement un pierre dans le sens littéral, selon certain il s'agirait même d'une plante.

Quelqu'un a proposé pour ce rôle la petite musquée, connue sous le nom scientifique de adoxa moschatellina, plante herbacée typique du sous-bois de hêtre, qui fut un temps était commune à toutes les zones tempérées et froides de l'hémisphère boréale et aujourd'hui réduite à quelques zones caractéristiques des Alpes Maritimes et des Appenins ligures.

Voici la pierre dans toute son hérmétique splendeur, décrite dans un sonnet de 1329:

Pour celui qui ne sait pas résoudre, ni amincir
Le corps ne touche pas, c'est du vif-argent
Pour ceux qui ne peuvent pas il est fixe et volubile
Pour celui qui ne sait pas tenir, il faut en faire un duo
Embrassez-le étroitement
Avec de l'eau vive et du sel dissout,
Il tient bien et il est dépourvue de coquille
C'est la terre mère qui le donne
Et alors tu verras fuir la mort obscure
Et tu verras revenir le soleil brillant et beau
Avec de nombreuses fleur autour de lui
Ceci est la pierre, ceci est celui
des philosophes de l'ancienne écriture
qui sur l'enclume battent le marteau
Fin

Extrait du texte l'Acerba. Il se trouve dans le Code Riccardiano n.946, dans le code Magliabechiano II-III 308 à 406 de la Bibliothèque Nationale de Florence.

L'auteur est Cecco d'Ascoli, pseudonyme de Francesco Stabili, qui fut astrologue, philosophe et alchimiste. En 1324 il fut condamné par Fra Lamberto da Ciangulo de l'ordre des frères prédicateurs à être brûlé vif comme hérétique. La sentence dit ceci : "Frère Accursio de l'Ordre des Frères Mineurs Inquisiteur à Florence, vu le rapport qui lui a été envoyé le 17 juillet 1327 par Frère Lamberto de Bologne contre Maître Cecci d'Ascoli... qui l'a déclaré hérétique et l'a confié au tribunal séculier du vicaire ducale ou il sera soumis aux peines qui lui sont dues ; a condamné le livre d'Astrologie duquel il est l'auteur ainsi qu'un autre, en langue vulgaire, intitulé l'Acerba ; a décrété qu'il serait brûlé et a frappé d'excommunication tous ceux qui possèderaint ce ou des livres similaires."

Cecco d'Ascoli

L'alchimie, outre à être une discipline physique et chimique, impliquait une expérience de croissance et un procès de libération et sauvegarde de auteur de l'expérience. Pour cette raison elle entra souvent en conflit avec les dogmes de l'Eglise, jusqu'à être en guerre ouverte au moyen-âge féodal. La science alchimique était considérée comme sacrée et ramenée à un type de connaissance métaphysique et philosophique, prenant des connotations mystiques, de sorte que les processus et les symboles alchimiques possèdent souvent une signification intérieur relatif au développement spirituel en connexion avec celui purement matériel de la transformation physique. Ainsi par exemple l'or et l'argent prirent dans l'iconographie alchimique les traits symboliques du Soleil et de la Lune, de la lumière et des ténèbres et du principe masculin et féminin qui s'unissent dans la coniunctio oppositorum de la Grande Oeuvre.

Les éléments cosmiques avaient une grande importance non seulement pour leur influence sur les procédés alchimiques, mais aussi pour le parallèle qui les liait aux éléments naturels, sur base de la croyance qui dit que "ce qui est en bas est comme ce qui est en haut", par conséquent le savoir alchimique était étroitement lié à l'Astrologie.

Traditionnellement, chacun des septs corps célestes du système solaire connus par les anciens était associé avec un métal déterminé : le Soleil gouverne l'Or, métal parfait, symbolisé par la couleur rouge et retenu comme principe masculin. La Lune est reliée à l'Argent, à l'étage juste en dessous, principe féminin symbolisé par le blanc. Mercure est bien évidemment relié à son élément homonyme qui, étant volatile, eu dès le début un traitement à part. Vénus au cuivre, qui pendant un temps à été considérer comme le moment ou l'or et l'argent sont mélangés ; la métallurgie antique en effet considérer les métaux comme des degrés intermédiaire par rapport à la perfection, représentée par l'or : plus le métal est éloigné du soleil plus il lui était difficile de se libérer des "déchets" terrestre. D'où la nécessité de les fondre et l'espoir de réussir à les transformer justement en or. Ensuite venait Mars, attribué au fer ; Jupiter à l'étain et enfin Saturne au plomb... et c'est à l'influence de cette planète que la Renaissance reliait à l'humeur mélancolique.

La mélancolie est un état émotif très caractéristique et diffusé parmi les hommes ; on a l'habitude de la distinguer de la "dépression" car la seconde aurait une matrice clinique plus explicite. A l'origine la mélancolie, dans les théories médicales grecques, appartenait à la catégories des "humeurs" ; on considérait la mélancolie comme un véritable mal à soigner. Au cours des siècles cette vision s'est compliquée toujours plus ; il suffit de penser à l'image de Albrecht Dürer intitulée justement Melencolia I, où l'artiste allemand réalisa une synthèse des implications théologique, émotiveset scientifiques, mettant en avant la planète traditionnellement lié au sentiment de la mélancolie (Saturne) et les connexions alchimites entre raison et création artistique. Mais l'image de Dürer achève un processus symbolique qui interesse tout le Moyen-Âge. 

Dans les illustrations des traités médiévaux et d'époque rennaissante apparaissent souvent des figures hermétiques tirés du monde végétal et animal, si l'étude des premiers est très vaste et nous conduirait décidément trop loin, parmi les animaux le corbeau et le cygne (déjà cher à la mythologie celtique et entrer de bon droit dans la héraldique médiévale) et le phénix sont pour ainsi dire les protagonistes des études alchimiques. Ce dernier, pour sa capacité à renaître de ses propres cendres, il incarne le principe du "rien de se créer et rien ne se détruit", thème central de la spéculation alchimiste. En outre, c'était toujours le phénix qui déposa l'oeuf cosmique, qui à son tour représentait le contenant dans lequel était déposé la substance à transformer. Même le serpent qui se mange la queue, revient souvent dans les représentations des oeuvres alchimiques, en temps que symbole de cyclicité du temps et de "Un le tout" ("En to Pan"). 

L'alchimie embrasse certaine tradition philosophique qui se sont propagées durant 4 millénaires et sur trois continent et leur tendance générale pour un langage crypté et symbolique rend difficile le traçage de leurs influences et relations mutuelles. 

François Jollivet-Castelot dans son : HISTOIRE DE L'ALCHIMIE publiée par parties sur la plublication française "Hyperchimie" de 1897 à 1898 soutient que les origines de la science alchimique, de la philosophie hermétique et de l'art spagyriques (spagyre, dans la terminologie grecque, signifie séparer, diviser et donc associer, ou unir) remonte à la plus ancienne antiquité : "Dans les fraternités initiatiques perdurent aujourd'hui encore la tradition que ces métaphysiques transcendantales fleurissaient splendidement au sein de la mystérieuse Atlantide et à la vétuste Lémurie, qui laissèrent à l'époque, 50 000 ans avant le Christ, leurs secrets en héritage aux sanctuaires indiens et égyptiens."

On peut distinguer au moins deux grands canaux, qui semblent être en grandes parties indépendants, au moins dans les étapes les plus lointaines : l'alchimie orientale, active en Chine et dans sa zone d'influence culturelle, et l'alchimie occidental, dont le centre durant les millénaires a glissé entre l'Egypte, la Grèce, Rome, le monde islamique et à la fin l'Europe. L'alchimie chinoise fut étroitement liée au Taoisme, tandis que l'occidentale développa son propre système philosophique, lié seulement superficiellement avec les plus grandes religions occidentales. Si ces deux typologies ont eu une origine commune et jusqu'à quel point elles ont eu de l'influence l'une sur l'autre est encore aujourd'hui sujet à discussion.

Alors que la branche occidentale se concentra plus sur la transformation des métaux, l'alchimie chinoise eu une plus forte connexion avec la médecine. Un trait d'union important peut-être vu dans la médecine hébreuse, avec son attention à l'homme intégral. Pour ceux qui veulent en savoir plus et qui n'est pas capable de s'engager dans des études compliquée sur la "Kabbale", la lecture de "Medicus" leur sera très utilie il s'agit du premier des trois livres que Noah Gordon dédié à une famille de médecins écossais, nous sommes au début du XIe siècle et le protagoniste atteint la Perse où existe la seule école de médecine : celle de Abu Ali al-Hussein Ibn Sini connu sous le nom un peu "traduit" de Avicenne. 

Et ici il convient de laisser à nouveau la parole à Jolliver-Castelot :
"Avec Avicenne [en arabe Abu Ibn Sina] nous rencontrons un des plus célèbres hermétistes orientaux, que les différentes disciplines modernes se disputent. Il nacquit en 980 près de Scivaz, petite ville persane, [ou à Afsenne, dans le Khanat de Bocara]. Il fit montre d'un talent précoce en mathématiques et dans la plus sublime philosophie. Comme tous des adeptes de cette époque, il pratica la médecine qui dérive directement de Spargyre et il dut une réputation très enviée aux nombreuses et rapides cures [il fut dit Prince des Médecins. Ce fut aussi un astronome. Dante le nomme dans le IV chant de l'Enfer :
......... et je vis.........
Hypocrate, Avicenne et Galieno
Averroès qui en fit grand commentaire.
(vers. 143 et 144)]

Sa célébrité grandi encore durant les voyage qu'il fit en Arabie et en Syrie, régions qu'il parcourut en nomade. Il s'arrêta enfin à Ispahan, où il mourrut [en 1037 ou 1057 mais d'autres le dise mort à Hamadan en 1073. Cette nouvelle est plus fiable que la précédente]. Il laissa de nombreuses oeuvres, dont deux sur l'alchimie : le Tractalutles alchemiae et De conglutinatione lapidum [sur la médecine il laissa les Livre quinque canonis medicinae]" 

Mais revenons-en au problème des origineset aux différence entre Orient et Occident. La pierre philosophale des alchimistes européens peut être comparée avec l'elixir de l'immortalité chercher par les alchimistes chinois. De toute façon, d'un point de vue hermétique, ces deux intérêt n'était pas séparés et la pierre des philosophes était souvent assimilée à l'élixir de longue vie.

Les alchimistes occidentaux font généralement remonter leur art à l'ancienne Egypte. Métallurgie et mysticisme étaient inexorablement lié ensemble dans le monde antique, une chose comme la transformation de l'or brut en un métal scintillant devait sembler un acte gouverner par des règle mystérieuse. Le traitements alchimique des métaux prend ses racines dans l'antiquité. La fusion à la cire perdue est, en effet, une méthode qui était déjà employée par les sumériens, les égyptiens, les étrusques, les peuples africains et précolombiens. Ces peuples voyaient dans le processus de fusion à la cire le processus de création e la vie humaine. Donc, la technique de fusion à la cire rendait pour eux chaque ouvrage unique et inimitable, comme l'être humain et le forgeron possédait d'une certaine façon des pouvoirs divins. La mythologie celtes et la religion étrusques donne un grand espace à la métallurgie et les héros et les dieux se disputent le privilège d'exercer cet art. Rien d'étrange que des connaissances importantes y soient liées, inconnue du commun des mortels.

La ville d'Alexandrie en Egypte fut un centre de connaissance alchimique, et conserva sa prééminence jusqu'au déclin de la cultur égyptienne antique. Malheureusement il n'existe pas de document originaux egyptiens sur l'alchimie. Ces écrits, s'ils ont existés, ont tous été perdus dans l'incendie de la Bibliothèque d'Alexandrie, en 391. L'alchimie egyptienne est surtout connue à travers les oeuvres d'anciens philosophes grecs, qui ont survécus uniquement dans des traductions islamiques.

La légende veut que le fondateur de l'alchimie égyptienne soit le dieu Thot, nommé Hermes-Thot ou Hermes trois fois grand (Hermes Trimegiste) par les Grecs. Selon la légende le dieu aurait écrit les 42 livres de la connaissance, qui aurait couvert tous les domaine de la connaissance, parmi lesquel l'alchimie aussi. Le symbole d'Hermes était le caducée (bâton avec deux serpents entortillés) qui devint un des principaux symboles alchimiques. La Table d'Emerause de Hermes Trimegiste, qui est connue seulement à travers les traductions grecques et arabes, est généralement considérée comme la base pour la pratique et la philosophie alchimique occidentale.

Les doctrines alchimistes de l'école grecque passèrent à travers trois phases évolutives : l'alchimie comme technique, c'est-à-dire l'art préchimique des artisans égyptiens, l'alchimie comme philosophie et enfin celle de la religion. Les grecs s'approprièrent des doctrines hermetiques des Egyptiens, en les mélangeant, dans l'environnement synchrétique de la culture alexandrine, avec les philosophie de Pythagore et de l'école ionique et par après gnostique. La philosophie pythagoricienne consiste essentiellement dans la croyance que les nombre gouverne l'univers et qu'il sosnt l'essence de toutes les choses, du son aux formes.

La pensée de l'école ionique était basée sur la recherche d'un principe unique et original pour tous les phénomènes naturels ; cette philosophie, dont les principaux exposants furent Thalès et Anaximandre de Milet, fut développée par Platon et Aristote, dont les oeuvres finirent par faire partie intégrante de l'alchime. La notion de matière première qui forme l'univers apparaît comme base de la nouvelle science, et elle ne peut être expliquée qu'à travers l'attentives explorations philosophiques. Un concept important, introduit en ce temps là par Empédocle, est que toutes les choses de l'univers étaient formées seulement de 4 éléments : terre, air, eau et feu. Aristote y ajoute l'2ther, la matière dont sont faits les cieux et qui est nommée quintescence. La troisième phase se différencie de la précédente spéculation philosophique par les caractéristiques d'une religion ésotérique, par l'abondance de rituels mystérieux et par le langage. Lors des premiers siècles de l'époque impériale, à l'époque héllénistique, se dévellopa une littérature à caractère philosophico-soteriologico-religieuse, de caractères différents, réunie par la prétendue révélation de la part du dieu Thot-Hermès d'où le nom de littérature hermétique. Le support de la doctrine de cette littérature est une forme metaphysique qui s'inspir du Neoplatonisme et du Neopythagorisme.

Durant le IIe siècle les Oracles Chaldéens auraient été écrits, desquels ne nous sont parvenus que des fragments, qui présentent de nombreuses analogies avec les écrits hermétiques. A ce moment historique, donc, se serait opérée un fusion entre le patrimoine philosophique grec et la gnose hermétique, dans laquelle la grande oeuvre assume une connotations de technique qui vise la réalisation dans le sens intérieur et cosmique.

Parmi les alchismistes héllénistique on peut citer Bolo de Mende et Zosime de Panopolis, le premier auteur qui a écrit des oeuvres alchimiques de façon systématique et qui a signer sa création.

La destruction du Temple de Sérapis et de la Bibliothèque d'Alexandrie signa la fin du centre culturel grec, déplaçant le processus de développement alchimique vers le Proche-Orient. L'alchimie islamique est beaucoup mieux connues car beaucoup plus documentée et les nombreux textes antiques parvenus jusqu'à nous ont été préservés comme traductions islamiques.

Des alchimistes islamiques comme Abu Bakr Mohammad Ibn Zakariya al-Razi, (en latin Rasis ou Rhazes) donnèrent une contribution fondamentale aux découvertes chimique, comme la technique de la distillation, et c'est à leurs expériences que l'on doit l'acide muriatique (l'ancien nom de l'acide chlorhydrique), l'acide sulfurique et l'acide nitrique, outre à la soude (al-natrun) et au potassium (al-quali), d'où dérivent les noms internationaux de sodium et potassium, Natrium et Kalium.

L'apport de la nomenclature alchimiste à toute la culture occidentale postérieur est d'origine arabe : des termes arabes sont en effet : atanor (chaudière), azoth (forme corrompue de al-zawq, "mercure"), alcool (de al-kohl, "antimoine"), élixir (de al-iksir, "pierre" philosophale) et alambic. La découverte que l'eau régale, un composé d'acide nitrique et muriatique, pouvait dissoudre le métal noble - l'or - enflamma l'imagination des alchimistes pour le millénaire à venir.

Jollivet-Castelot fait l'observation suivante : "Les philosophes islamiques donnèrent aussi de grandes contributions à l'hermétisme alchimique. A ce propos la figure la plus importante et la plus influente est probablement Giabir ibn Hayyan, latinisé en Geber il Geber ou Geberus des Latins. Il nacquit à Haran, en Mésopotamie, à la fin du VIIIe siècle. A cette époque la civilisation orientale brillait de sa plus grande splendeur et Bagdad, devenue le centre des connaissances humaines, se substituaient presque à Alexandrie. Giaber fit ses études à l'école d'Edesse, qui jouissait à juste titre d'une excellente réputation, on y enseignait la plupart des langues : le grec, le chaldéen et le syriaque, et on y commentait les oeuvres des philosophes les plus savantes.

Giaber non seulement assimila les paroles des mâitres, mais il se fit remarque par son initiative dans la science alchimique. Paracelse le tint en grande estime et l'appela magister magistrorum (Maître des maîtres). De fait son Summa perfectionis embrasse, de manière très originale, toute la spargyre. Il indique, en terme parfait, les qualités requises pour l'adepte : volonté, persévérance et patience, et il en commente les effets sur l'oeuvre. Très porté sur la pratique, Giaber constata la majeure partie des notions expérimentales, dont nous sommes aujourd'hui si orgueilleux. [Il trouva la préparation de l'acide nitrique et de l'eau régale... il connaissait probablement les préparations pour la chaux, la potsse, le sel s'ammoniaque et de l'alcool, ainsi que la pierre philosophale, et du sublimé corrosif, etc] C'est à lui que revient aussi l'honneur d'avoir diffusé dans le monde profane le goût pour la chimie vulgaire, c'est-à-dire pour l'exotérisme de la science hermétique. Il fit faire des pas de géant aux conquêtes industrielles, tout en conservant soigneusement, au moyen d'un cénacle choisi, les secrets traditionnels de la pierre de transformation.

Le Compendium de perfection de Giaber se trouve, en latin, dans la Bibliothèque Chimique de Manget. Il fut traduit en français et inséré dans la Bibliothèque des Philosophe chimiste de Salmon.

D'autres de ses oeuvres mérite d'être mentionnées : le Testament et le Traité de l'alchimie [Lapis philosophorum]. On lui attribue 500 écrits, parmis lesquels de nombreux ont disparus et de nombreux sont, sans aucun doute, apocryphes"

Cet important alchimiste, fut le premier, à ce qu'il semble, à avoir analyse les éléments selon les 4 qualités de base : chaud, froid, sec et humide. Jabir émit l'hypothèse que, comme dans chaque métal deux de ses qaulités étaient internes et deux externes, en mélangeant les qualités d'un métal, on obtiendrait un autre métal. La grande série d'écrits qui lui sont attribués exerça une influence énorme sur les courants alchimistes européens.

Durant le Haut Moyen âge en effet la tradition alchimique avait été totalement oubliée et revint en Occident à travers les Arabes. La rencontre entre la culture alchimique arabe et le monde latin se passe pour la première fois en Espagne, probablement sous l'oeuvre de Gerbert d'Aurillac ou de Soisson, moine du monastère de Bobbio, qui fut par ailleurs le professeur de l'empereur Otton III. C'était l'homme le plus cultivé de son époque. Certains le veulent célèbre magicien, d'autres simple curieux des choses occultes, dépourvu des préjudices si communs à son époque. Initié à la science sacrée en Espange, il diffusa en Italie, grâce à ses frères, l'usage des chiffres arabes ; bien sûr les détracteurs ne manquent pas, qui soutiennent qu'il serait arrivé sur le siège pontificale en vertu d'un pacte avec le démon. Dans tous les cas le pape Sylvestre II jouit très peu de la sublime charge : élus le 2 avril 999, il mourut le 13 mai 1003.

Au XIIe siècle il faut mentionné la figure du plus important des traducteurs d'oeuvre arabe, Gérard de Crémone, qui interpréta Averroès, dont le nom arabe était Abu l-Walid Muhammad ibn Ahmad Muhammad ibn Rushd, devenu au Moyen Âge Aven Roshd et enfin Averroès, il traduisit l'Almageste, et peut-être quelques oeuvres de Razes et Gerberus.

L'arrivée véritable de l'alchimie en Europe remonte généralement à 1144, quand Robert de Chester traduit de l'arabe le Liber de compositione alchimiae, un livre de fortes connotations initiatiques, mystiques et ésotériques, dans lequel un sage, Morien, héritier du savoir de Hermès Trimégiste, enseigne au Roi Calid.

Le matériel alchimique des textes arabes sera réélaboré durant tout le XIIe et XIIIe siècle. Albertus Magnus (1193-1280) affronte la thématique alchimique dans son De mirabilibus mundi et son Liber de Alchemia d'attribution incertaine cependant. A Thomas d'Aquin (1225-1274) sont attribués certains opuscules achimiques, dans lesquels il déclare la possibilité de produire de l'or et de l'argent.

Le premier véritable alchimiste de l'Europe médiévale devrait être Roger Bacon (1241-1294) un franciscain, qui explora les domaine de l'optique et de la linguistique en plus des études alchimiques. Ses oeuvres, le Breve Breviarium, le Tractatus trium verborum ou le Speculum Alchimiae, en plus de tous les pseudos- épigraphes qui lui sont attribués, furent utilisés par les alchimistes du XVe au XIXe siècle.

A la fin du XIIIe siècle l'alchimie se développa dans un système structuré de croyance surtout avec Raymond Lulle (1235-1315), qui devint vite une légende pour son habileté alchimique présumée. Lulle rédigea un testament, selon certains chercheurs, en 1276 à Assise, où il s'était rendu pour prendre les vote comme "tertiaire Franciscain" ; selon d'autres l'écrit date, au contraire de 1295 et est rédigé à Majorque (Îles des Baléares) et c'est la même année qu'il fonda le Collège "Miramar", structure dédiée à la préparation des futurs Missionaires.

Voici un extrait du texte "Bibliothèque des Philosophes Chimiques" Paris, 1740- 1754, Vol. IV.
Au XIVe siècle l'alchimue connu une baisse à cause de l'Edit du Pape Jean XXII, qui interdisait la pratique alchimique, fait qui découragea les alchimistes appartenant à l'Église de continuer les expériences. La flamme du savoir fut néanmoins tenue en vie par des hommes comme Nicolas Flamel, qui est digne d'être connu seulement parce qu'il fut l'un des rares alchimistes à écrire en ces temps troublés. Flamel vécut de 1330 à 1419 et aurait servit d'archétype pour la phase successive de la pratique alchimique. Son seul intérêt pour l'alchimie tournait autour de la recherche de la pierre philosophale ; en plusieurs années de travail acharné il parvint à traduire le célèbre Livre d'Abraham l'hébreu, qu'il aurait achété en 1357, et qui lui aurait révélé les secrets pour la construction de la pierre des philosophes.

Nous n'avons toutefois aucun écrit original de Flamel et encore moins du manuscrit hébreu qu'il aurait traduit, et qui en a fait une légende très mystérieuse. En 1655, Pierre Borel, médecin ordinaire du roi Soleil Louis XIV, fut son premier biographe officiel et en parla de long en large dans son "Trésor de recherches et antiquités gauloises et françoises" qui est entre autre un véritable traité alchimique ... malheureusement on peut tout dire de la cour du Roi Soleil, sauf qu'il y avait de bons médecins ! Célèbre est l'épidémie de rougeole qui décima la famille du roi, dont le petit-neveu du monarque, Louis duc d'Anjou qui fut sauvé par sa gouvernante, qui le soustrait aux cures "officielle" à base de saignées, pour y veiller personnellement. C'est pourquoi Borel ne jouit pas d'un grand crédit dans le monde de la science et Flamel non plus par ricochet !

Le livre "L'Alchimie de Flamel" tel qu'il a été plublié à Londres par J.E. Hodson en 1806 à partir d'un manuscrit de 1772, nous préviens que, ce qui a été attribuer à l'alchimiste du XIVe siècle, est certainement oeuvre du chevalier Denis Molinier. Selon les chercheurs même le "Livre d'Abraham l'Hébreu" et le "Testament", résumé de l'oeuvre plus célèbre "Le Bréviaire", serait tous à attribuer à la plume de cet auteur et donc imprégné de la culture des lumières de l'époque.

A ce moment, il faut faire une juste précision, dans un premier temps les alchimistes se concentrent sur la recherche de l'élixir de jeunesse et de la pierre philosophale, en croyant qu'il s'agissait d'entités séparées. Nombres d'entre eux interprétaient la purification de l'âme en connexion avec la transformation du plomb en or (dans laquelle on croyait que le mercure jouait un rôle crucial). Ces individus étaient vu comme des mages et des enchanteurs par de nombreuses personnes, et furent souvent persécutés pour leurs pratiques, parce que de fait ils s'opposaient aux dogmes de l'Église avec un système de croyances différentes.

Avec la grosse poussée commerciale qui suivit les croisades un esprit différents se mit en avant : l'ouverture vers les autres peuples et les autres croyances, initiée par l'Église elle-même avec la mouvement franciscain, diffusa une interprétation différente du monde. Le savoir antique fut redécouvert comme valeur en soi et l'idée que toute une gamme de connaissances était utile pour vivre mieux et ce indépendamment du noyau original fait son chemin. L'alchimie fut donc reconnue comme une science utile... à condition qu'elle se concentre toujours plus sur les aspects pratiques, laissant volontairement de côté les aspects ésotériques. Sa décadence avait en fait commencé... ma n'importe qui aurait pensé le contraire!

Dans le contexte des idées du Cinquecento, il est impossible de délimiter une discipline scientifique d'une autre, comme tracer de nombreuses lignes de séparation entre le complexe des sciences d'un côté et la réflexion spéculative et magico-astrologique de l'autre. En cette période magie et médecine, alchimie et sciences naturelles et même astrologie et astronomie opèrent une sorte de symbiose, liées les unes aux autres de façon souvent inextricable.

Au début du XVIe siècle un des plus grands interprètes de ce amas de disciplines scientifiques fut le médecin, astrologue, philosophe et alchimiste Heinrich Cornelius Agrippa de Netteshain, 1486-1535. Celui-ci pensait être un mage et être capable d'invoquer les esprits. Son influence fut modeste, mais comme Flamel, il produisit des oeuvres, dont le De occulta philosophia, auquelles firent référence tous les alchimistes postérieurs. De nouveau comme Flamel il fit beaucoup pour changer l'alchimie d'une philosophie mystique à une magie occultiste. En outre il maintint en vie les philosophies des anciens alchimistes, qui incluaient science expérimentale et numérologie, en y ajoutant la théorie magique, qui renforçait l'idée de l'alchimie comme croyance occulte.

Le nom le plus important de cette période est, sans aucun doute, Paracelse, (Theophrastus Bombastus von Hohenheim, 1493-1541), qui donna une nouvelle forme à l'alchimie, balayant un certain occultisme qui s'était accumulé au fil des ans et promouvant l'utilisation d'observations empiriques et d'expérimentation destinées à comprendre le corps humain. Il rejeta les traditions gnostiques et les théorie magique, tout en maintenant beaucoup des philosophies hermétiques, néoplatoniciennes et pythagoriciennes.

Paracelse

Pour Paracelse, l'alchimie était la science de la transformation des métaux, trouvables dans la nature pour produire des composés utiles pour l'humanité. La iatrochimie (du grec iatros médecin et chemeía chimie) de Paracelse était basée sur la théorie que le corps humain était un système chimique dans lequel les deux principes traditionnels des alchimistes jouent un rôle fondamentale, c'est-à-dire le souffre et le mercure, auquel le scientifique ajouta un troisième : le sel.

Paracelse était convaincu que l'origine des maladies était à rechercher dans le déséquilibre des ces principes chimiques et non dans la désharmonie des humeurs, comme le pensait les galéniques. Donc, selon lui, la santé pouvait être rétablie en utilisant des remède de nature minérale et non de nature organique. C'est le principe de base de la pharmacopée moderne.

A Venise l'alchimie fut exercée encore bien plus qu'ailleurs avec l'intention pratique de produire des couleurs pour la peinture, la teinturerie et surtout l'art de la verrerie, avec des procédés techniques inconnus et enviés par les scientifiques modernes. Certaines formules particulières sont restées secrète et avec la fermeture des écoles d'art, voulue par Napoléon, on en perdit pour toujours le secret de fabrication. C'est pourquoi cette volonté fut accueillie très tièdement par le gouvernement, car cette pratique apportait du prestige à la ville.

C'est là que furent imprimer en 1583 les "Trois dialogues sur l'or" de Avraham Portaleon de Mantoue, où apparaît clairement le lien entre l'alchime et la kabbale juive.

Il y eut aussi la retentissante farce de Marco Bragadin, dit Mamugnà, qui, arriva à Venise le 26 novembre 1590, fut abrité dans la maison de Dandolo de la Giudecca, où il commença à "transformer le vif argent en or pur", mais quand de la Serenissime il déménagea en Bavière le duc découvrit la fraude et le condamna à la décapitation. Sans doute que la fameuse transformation n'était rien d'autre qu'un simple processus de dorure totalement superficiel !

Toujours à Venise, en pretant foie à la lettre de Léon de Modène datée de 1615, tant son fils Mordechaj que le savant prêtre Don Joseph Grillo exercèrent en travaillant le plomb avec de l'arsenic. Ils avaient créé une société pour produire de l'argent. Il est interessant de voir que cette activité lucrative fut suspendue parce qu'elle nuisait à la santé de ses créateurs, non parce qu'elle ne produisait pas les effets escomptés !

La fin du Cinquecento et les prémices du siècle suivant sont les années d'or de l'alchimie. Même de nombreux artistes comme par exemple Girolamo Francesco Maria Mazzola, dit le Parmigianino (le petit parmesan) et même des personalités politiques de l'époque s'intéressèrent à la "Grande Oeuvre". Parmi celles-ci : Catherine Sforza, François Ier de Médicis (qui fit peindre des allégories alchimistes par Jean Stradano dans son studio du Palazzo Vecchio) et Cosimo Ier de Médicis.

En Angleterre, l'alchimie au XVIe siècle est souvent associée au docteur John Dee (1527-1608), mieux connu pour son rôle d'astrologue, cryptographe et en général "consultant scientifique" de la reine Elisabeth I d'Angleterre. Dee s'interessa aussi à l'alchimie au point d'écrire un livre sur l'argument (Monas Hieroglyphica, 1564) influencé par la Kabbale.

Le déclin de l'alchimie en Occident fut causé par la naissance de la science moderne avec ses rappels à de rigoureuses expérimentations scientifiques.

Au XVIIe siècle Robert Boyle (1627-1691) donna le départ à la méthode scientifique dans les investigations chimiques, à la base d'une nouvelle approche pour la compréhension de la transformation de la matière, qui de fait révéla la futilité des recherches alchimiques de la pierre philosophale.

Même les énormes pas en avant accomplis par la médecine de la période suivante et même la iatrochimie de Paracelse, supportés par les développement parallèle de la chimie organique, donnèrent un coup dur aux espérances de l'alchimie de trouver des élixirs miraculeux, montrant l'inefficacité et la toxicité de ses remèdes.

Réduite à un mystérieux système philosophique, rarement relié au monde matériel, l'Ars Magna subit le destin commun des autres disciplines ésotérique comme l'astrologie et la kabbale ; exclue des études universitaires et ostracisée par les scientifique, on commença à la voir comme une simple superstition. 

Au niveau populaire, toutefois, l'alchimiste était encore considéré comme le dépositaire de grands savoirs mystérieux. Faisant appel à la naiveté populaire, de nombreux escrocs s'attribuèrent le titre de guérisseur et pour prouver leurs éffectives capacités ils produisirent des manuels manuscrit qui imitait, dans le jargon et les illustrations, les traités des célèbres auteurs alchimiques (c'est de cette façon que nacquirent les dits "herbiers des faux alchimistes" qui sont aujourd'hui seulement étudiés et analysés sérieusement par les scientifiques).

Après avoir joui pendant plus de 2000 ans d'un grand prestige intellectuel et matériel, l'alchimie sorti de la pensée occidentale, sauf pour réapparaître dans les oeuvres de chercheurs à cheval entre science, philosophie et ésotérisme, comme le psychanalyste Carl Gustav Jung et le penseur Julius Evola.

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